Pendant longtemps, j'ai vécu entre deux mondes.
D'un côté, on me demandait de faire taire ce que je ressentais, de le ranger derrière un parcours plus sérieux, plus rassurant, plus explicable. De l'autre, certains voulaient au contraire s'en servir — pour deviner, pour percer un mystère, pour obtenir une réponse toute faite. Dans les deux cas, on me demandait de choisir un camp : soit je faisais taire mon intuition, soit j'en faisais un spectacle.
J'ai mis treize ans à construire une troisième voie.
Ce que j'ai fini par comprendre
L'intuition n'est ni un don réservé à quelques-uns, ni un tour de magie. C'est une intelligence — au même titre que la logique ou la mémoire — qui se muscle, s'exerce, se travaille. Elle fait le pont entre ce que notre cerveau analytique calcule et ce que notre cerveau sensible perçoit avant même que les mots n'arrivent. C'est de cette conviction qu'est né Double I : une double intelligence, un double regard — le "I" français et le "eye" anglais se répondent dans le nom même de la méthode.
Je l'ai construite avec ma fille, Ghalia, spécialiste de la communication interculturelle. Ce croisement n'est pas un hasard : l'intuition ne se vit pas de la même façon selon d'où l'on vient, la culture dans laquelle on a grandi, les récits qu'on nous a transmis. Beaucoup de communautés, notamment arabes et africaines, n'ont pas de cadre existant pour nommer et structurer ce type de perception — on la vit, on la tait, ou on la folklorise, mais on ne l'enseigne pas. Faire de la place à ces perspectives a été un engagement personnel dans la construction de Double I.
Un outil, pas une prophétie
Concrètement, Double I prend la forme de 36 cartes, conçues et affinées sur treize ans. On ne les utilise pas pour prédire l'avenir à la place de quelqu'un. On les utilise pour poser une question, tirer une carte, et laisser émerger une réponse qu'on portait déjà en soi, sans toujours se l'autoriser. C'est un outil d'introspection avant d'être un outil de lecture — la carte est un déclencheur, pas un oracle.
Et c'est précisément ce qui rend la démarche différente : nous ne demandons à personne de croire. Nous proposons de pratiquer, d'observer ce qui se passe, et de juger par l'expérience.
L'École Intérieure
C'est pour partager cette expérience que j'ai construit l'École Double i®. J'ai étudié la manière dont l'intelligence intuitive se vit à travers le monde — du Maghreb à l'Afrique de l'Ouest, en passant par la Corée du Sud et le monde des affaires occidental — et je souhaite transmettre ce que j'y ai appris à travers des Masterclass, des ateliers, formations et des initiations. Mon ambition est simple : donner à chacun les moyens de reconnaître et de muscler son intuition, pour gagner en clarté et en confiance avant même d'en avoir besoin dans les moments décisifs. Et pour certains, cette ambition va plus loin encore : transmettre à leur tour, accompagner, coacher, jusqu'à devenir eux-mêmes praticiens de la méthode Double I.® C'est ce que je fais vivre à travers l'école et notre communauté d'abonnés.
Le Cercle Initié permet ensuite de continuer à muscler cette compétence dans la durée : des exercices, un rendez-vous mensuel en visioconférence, et un réseau de personnes qui pratiquent, se soutiennent et échangent leurs retours d'expérience. Car s'il y a une chose que treize ans de travail m'ont appris, c'est que l'intuition ne se muscle jamais seul — elle a besoin d'un miroir, d'un feedback, d'une communauté pour vraiment s'affiner.
Pourquoi maintenant ?
On m'a longtemps dit de choisir entre la raison et le ressenti. Je n'ai jamais réussi à choisir, et je ne pense plus qu'il faille le faire. Double I® est né de ce refus de choisir — l'idée que l'intelligence la plus complète est celle qui sait faire dialoguer les deux.
Alors qu'on m'appelle intuitive, sensible, ou même — comme on me l'a dit un jour avec un sourire un peu gêné — un peu sorcière, peu importe. Je préfère porter le mot avec fierté plutôt que de continuer à le fuir.
D'autant plus que, si l'on regarde l'histoire, cette intelligence- là n'a pas disparu toute seule : on nous a appris, pendant des siècles, à la mettre de côté.